Écologie profonde 2

Je reprends ici des éléments d’une réflexion formulée dans un message envoyé à tout un écosystème suite à un parcours de plusieurs mois : l’ensemble de l’équipe de co-facilitation qui a partagé l' »Ouvrage qui relie »* à la Bascule**. Près d’une douzaine de personnes en tout déjà, avec leurs cultures propres et leurs chemins, ont été amenées là à coopérer avec une commune intention – la reliance à la Terre et à nous-mêmes, pour le dire vite – et nous sommes deux surtout (SV et moi) à avoir suivi de bout en bout tout le fil de l’aventure, en trois sessions. Sacrée expérience, très très riche d’enseignements !

Il y a trois points qui en sont ressortis pour moi en particulier, et qui sont liés : lun concerne nos langages, un second l’oppression mentale et le dernier une question déterminante d’équilibre émotionnel. Je pense que de les nommer peut contribuer au kaizen du Travail Qui Relie (TQR)*** francophone, et à l’ajustement de notre (méta-)réseau des tempêtes, encore (c’est-à-dire la façon dont nous nous relions pour traverser la période du Changement de cap, dont parlent tous les contenus de ce blog, more or less).

J’ai finalement décider de ne pas co-faciliter mais de participer seulement à la dernière session de TQR à la Bascule (ayant contribué déjà aux deux premières et n’étant pas suffisamment disponible au moment-là pour pouvoir le faire encore d’une façon adéquate)… mais bien sûr j’ai quand même fait beaucoup de feedbacks à l’équipe de facilitation qui a animé cette troisième manche à Pontivy (et il y avait eu beaucoup de retours directs aussi après les deux premiers chapitres, ça va de soi : nous forgeons notre ouvrage dans l’action, avant tout).
Pour introduire ces feedbacks, j’ai commencé par dire que c’était « merveilleux » ce qui s’était passé là, et mon incorruptible et tendre collègue m’a fait remarquer après que sans être un contresens, ce n’était quand même pas très congruent de ma part d’avoir employé ce mot.
J’avais bien vu le sens et la justesse de la spirale pour ce très grand cercle, mais j’avais quand même eu bien du mal, personnellement, à trouver ma place la veille dans le fil d’animation. Il avait été tenu pourtant dans l’ensemble avec dynamisme et justesse, mais une bonne grosse part de moi n’a pas trouvé ça merveilleux du tout, en vrai.
Cette « part de moi » (cf Socioculture 2.6) s’est irritée, même, de me voir tricher un peu ainsi avec sa réalité, de « positiver » artificiellement au-delà du nécessaire, du bon, du juste… pour nourrir quelle intention, en effet ?
Pour « faire passer » plus facilement d’autres feedbacks moins évidents à recevoir, ensuite, comme on le conseille en management ? Pour réveiller encore ma blessure liée à l’appartenance et à l’exclusion (d’un collectif de facilitation dont j’avais pourtant tranquillement décidé de ne pas faire partie) ? Quelle peur en fait a pris le pas dans ma bouche alors un peu, pour employer ce mot-là ?

Je ne reviendrais pas sur ce détail s’il ne parlait pas de quelque chose d’important, au-delà de l’anecdote. Je crois qu’il y a une attention au langage qui gagnerait à s’approfondir, pour nous ces prochains temps, afin d’accomplir au mieux notre ouvrage de facilitation et de reliance.
Pour que notre intelligence collective puisse atteindre le stade suivant, passer du grand collectif (comme à la Bascule) jusqu’au territoire,
petit pays intègre ou commune imaginée, toutes ces étapes nouvelles dans la progression bottom-up vers « bolo-bolo » (cf onglet « affiches et autres… »),
il y a un « saut quantique » à accomplir, afin que les milieux se connectent.

New-agers & thérapeutes / business & numérique / agro-artisans (makers des campagnes) / collectivités publiques / militant-e-s engagé-e-s / artistes / …
Chacun de ces mondes, et chacun des mondes plus spécifiques qu’ils constituent ici ou là, génère son propre langage,
et notre rôle dans la facilitation c’est de savoir traduire et trouver les mots qui seront les mieux communs,
les vibrations qui résonneront à la fois ici et là, pour qu’on puisse s’accorder, harmonie concrète – tout en restant bien centré-e-s sur notre authenticité, toujours subjective, liée à notre histoire (et je boucle là avec mon anecdote, où j’ai triché juste un iota de trop avec qui j’étais vraiment).
Ainsi par exemple, le Pacte civique parle de « sobriété » là où je parle plutôt en général de simplicité (volontaire), de Mesure ou même d’austérité (comme Illich plus que comme la banque centrale einh :^) … selon les milieux, tout ça va plus ou moins résonner. Il ne s’agit pas tant de « stratégie de com' » que de stratégie tout court. Il s’agit là de stratégies politiques et contextuelles, conscientisées dans la sagesse de notre Parole et de son immense pouvoir.

Le risque avec cette première idée-là, c’est qu’elle me prenne la tête : heureusement que le langage n’est pas seulement « mental » !
Ce qui est juste peut changer d’une rencontre à l’autre, alors même que ça a l’air de coller pareil.
Le mot qui la veille avait mis tout le monde d’accord parfois le lendemain sonne creux, vidé de sens.
C’est la danse du flux de l’instant qui vibre à travers nous quand la présence facilite, et ça n’empêche certes pas d’y réfléchir entre deux intuitions.

Je suis très attentif toujours aux rapports d’oppressions. À la Bascule, il y a de quoi être réactivé quand on est sensible comme moi : le genre est relativement bien conscientisé, mais il y a des oppressions liées à l’âge, à la classe sociale et à l’espèce humaine (anthropocentrisme) qui souvent passent à l’as. C’est pas grave, ça n’empêche pas de grandir… à condition de parvenir à les éclairer ! Joana Macy elle-même nous a encouragé à prendre soin des rapports de domination avec intelligence, dans une lettre au réseau écrite il y a deux ans (qui la traduira ?), où elle insiste en particulier sur les oppressions liées à nos couleurs de peaux et à l’Histoire coloniale.

Il y a encore un autre système oppressif qui joue fortement ici et là, et qui fait écho tout particulièrement au sein de la facilitation : c’est la domination intellectuelle.
À la Bascule, c’est déjà en train de se transformer, comme dans beaucoup d’autres endroits heureusement !
Mais quand même pour l’instant dans la facilitation, la dimension mentale prend le pas (et sans doute que c’est parfait comme ça encore souvent, là aussi si nous le mettons suffisamment en lumière).
Évidemment, nous n’allons pas négliger l’émotion ! C’est le sens même de nos pratiques. Mais sommes-nous vraiment allé-e-s déjà assez profond dans nos cœurs ? Simplement se poser la question, c’est déjà une façon de progresser je crois – comme de nous demander encore quand est-ce que c’était la première fois qu’il s’est brisé.
Et surtout, pour aller à la rencontre d’autres univers, il y a besoin d’équilibrer davantage encore avec le ventre, les jambes et les bras, et leurs propres rythmes.
Tout le monde sait déjà ça très bien en écologie dite « profonde ». Sauf que c’est justement l’ornière mentale de « déjà savoir très bien » qui parfois nous plante et nous fait dérailler. Désolé encore d’insister, désolé encore surtout d’insister encore avec des mots que tu lis avec tes yeux et ton système nerveux central.

Le dernier point crucial que j’ai observé, c’est le rôle particulier que joue dans les équilibres émotionnels (à la Bascule comme souvent ailleurs aussi) ce que j’appelle « l’extir« . Pardon de néologiser, il paraît que pour certain-e-s c’est la faillite de la langue ? Mais je n’ai vraiment rien trouvé de mieux.
L’extir, mélange d’extase et de plaisir, nous extirpe de notre centre rationnel et relié tout aussi efficacement que la peur, la colère et la tristesse. La facilitation en TQR gagnerait sans doute à mieux partager cette conscience qui émerge puissamment : l’article d’Antonella Verdiani dans Yggdrasil 1 sur le pouvoir de la joie en témoigne, par exemple.

Il y a une nuance essentielle entre la joie et l’euphorie
: la première nous relie en paix, la seconde nous connecte à l’excitation.
La première nous relie profondément à nous-mêmes, la seconde est intimement et subtilement liée à la peur surtout – même si elle permet aussi couramment de décharger de la colère (ainsi des grands matchs de foot, des manifs citoyennes, etc.)
Tout cela a son sens bien sûr, mais il y a un risque de confusion si nous ne sommes pas bien au clair là-dessus. Pour le mettre en lumière, en lien avec une dimension plus collective et politique, cette récente lettre ouverte à Greta Thundberg me semble très pertinente (même si je ne suis pas en accord avec tout).

Nous avons beau nommer « systémisme » et « non-dualité », dans les rapports aux émotions concrètement vécus, nous retombons encore dans les vieux shémas parfois.
Pas vrai ? Mais nous avançons avec ça, et ça semble de plus en plus fléché aussi, notre chemin ! non ? Je développe plus largement ce dernier point dans le livre « Socioculture… » en cours de finalisation à l’heure où je publie cet article, chapitre 2.

* Voir les actualités de Socioculture3.0 sur facebook pour en lire davantage sur ces diverses interventions, et les polémiques qui entourent ce lieu… je ressens quand à moi beaucoup de gratitude pour les connexions qu’a permis déjà le collectif autogéré de Pontivy, malgré toutes les ombres collectives qui s’y déploient encore… comme partout ! et je soutiendrai volontiers son implantation sur un futur site encore près de chez moi / nous, et la facilitation plus ou moins restaurative qui sera utile pour ça, si je me retrouve au bon endroit pour le faire.

** Habituellement cet ensemble de pratiques évolutif et libre (au sens de « non soumis à copyright » comme peuvent l’être la biodanza, la CNV ou la zoumba par exemple) qu’en anglais on appelle « the Work that reconnects » est traduit « Travail qui relie ». L’anglais « work » ne souffre pas des mêmes méchantes connotations que le français « travail », cependant, ce pourquoi parfois je préfère parler d' »ouvrage » – même si ça fait un peu prout-prout et que ça risque de cantonner encore davantage à un entre-soi bobo. J’utilise aussi volontiers l’acronyme TQR au besoin. En fait je m’en fous un peu du mot du moment que l’intention est bien saisie. L’écologie profonde me semble être le chapeau le plus pertinent, c’est pourquoi je nomme les articles ainsi. Une pratique de l’écologie (vraiment) profonde va bien au-delà sans doute des cultures singulières et des labels particuliers qu’on lui attribue, elle a conscience de ses (zones de) superficies, de ses replis et de ses ombres, son cheminement peut se faire avec ou sans tel rituel ou tel exercice donné, là aussi en conscience des diverses traditions auxquelles elle s’affilie, etc. Je reviendrai peut-être sur cette question du « TQR 100% pur jus » et des dangers de « l’idiosyncrasie », en lien avec ce qui aujourd’hui « se répand de toutes parts, comme du feu dans le fourrage » (Claudel) !

*** Pour les néophytes qui veulent en lire plus sur cette pratique, chercher sur internet ! le livre de référence « the Work that reconnects » est traduit en français (bizarrement) « Ecopsychologie pratique et rituels pour la terre » (merci Yves Michel :^)

Écologie profonde 1

J’ai décidé d’ouvrir un fil d’écriture autour du Travail qui relie, qui est au centre de mon ouvrage depuis 10 ans. J’y aborderai diverses questions liées au partage de ces pratiques et à la consolidation du « Réseau des tempêtes » que nous pouvons constituer en tant que facilitateur-ice-s en écologie profonde, accompagnateur-ice-s vers le nouveau monde humain, guides en transition vraie, etc.
Ce ne sont pas les écrits qui manquent en la matière… Tous les contenus de ce blog répondent à cela plus ou moins, ainsi que tout ce qu’on trouve dans Yggdrasil ou Passerelle Eco bien sûr mais aussi Silence ou Troisième millénaire, et bien sûr dans nombre de publications collapsosophes, biopoétiques ou permacoles. L’idée est ici de contribuer à une réflexion de fond, volontiers co-créative : nourrie en tout cas de mes propres dialogues, elle peut l’être aussi ici via commentaires et propositions.
Pour commencer avec les bases, je reprends simplement un article de Murmure des forêts, écrit tout fraîchement en préparation d’un atelier pour la Samain (et qui sera publié prochainement sur le site dédié, en cours de construction).

Nos émotions, de l’intime au collectif

Nos émotions, au cœur de nos histoires, passages incontournables qui donnent accès à nos élans de vie. Moteurs de nos actions, sources et portes de notre créativité, elle nous mettent en mouvement – comme le dit bien l’étymologie du mot (motio en latin : mouvement ou bien trouble, frisson). Sans attention ni conscience, elle peuvent aussi amener de la confusion et même freiner nos aspirations.

Comment l’émotion impacte-t-elle nos engagements ? Quelle place lui donner pour qu’elle soit au service du vivant ? Quel rôle, quelle fonction pourrait-elle avoir au sein des nouveaux modèles culturels que nous cherchons à créer ensemble ?

Les enfants naissent avec cette propension naturelle à exprimer sans limites leurs ressentis, intensément parfois plusieurs fois par jour. Que se passe-t-il par la suite pour que certain-e-s d’entre nous en arrivent à ne plus pleurer qu’à Noël ou à un enterrement ? Ou bien n’expriment ni ne ressentent plus jamais, leur semble-t-il, aucune colère ou aucune peur ?

Connaître la littérature et les sciences humaines peut nous éclairer déjà à cet égard. Pour autant une approche sensible, qui nous fait regarder avec lucidité en nous et autour de nous comment nous traitons nos émotions et celles des autres, ou simplement qui nous les fait vivre pleinement, nous semble plus fondamentale encore.

Jamais époque sans doute n’a produit autant d’intensité du point de vue émotionnel que celle que nous vivons depuis la Shoah et la guerre froide, et la possibilité que nous avons acquise de détruire toute vie sur notre propre planète. La peur de la mort qui a longtemps été l’horizon ultime de l’ego, balayée par la peur de l’extinction, horizon inouï de notre espèce : qui d’entre nous peut regarder cela bien en face ?

Si le mouvement Extinction rebellion fait de la rage un étendard au côté de l’amour, c’est sûrement qu’avec le désespoir elle est devenue une donnée basique de notre condition humaine : je ne peux plus vivre sur cette planète avec un peu de présence d’esprit sans être traversé-e de tels extrêmes. Dans le même temps, les fictions grand public du cinéma et des nouveaux médias, qui se mêlent aux actualités, ont multiplié les occasions de nous entraîner à ressentir la crainte, la pitié et tout l’éventail des passions humaines.

Il semble bien que nous ne puissions pas traiter toutes ces informations qui nous parviennent dès nos plus jeunes années au seul niveau intellectuel. Développer notre conscience émotionnelle réelle, comme on peut le faire à travers le Travail qui relie, la Co-écoute, la CommunicationNonViolente ou d’autres approches, nous aide à requestionner nos choix quotidiens et la rationalité de nos fonctionnements personnels. Cela nous permet aussi de ressentir notre commune humanité, espace inaltérable plus ou moins enfoui sous des couches de blessures et de détresses : commun sensible qui nous relie les un-e-s aux autres, en effet.

Un tel « ouvrage émotionnel » est devenu pour beaucoup d’entre nous une hygiène quotidienne nécessaire, dépassant le champ du thérapeutique. Entretenir ainsi notre équilibre et notre santé mentale nous semble en effet devenu une condition pour pouvoir nourrir des liens sains avec les institutions du vieux monde, et même aussi entre nous.

Avec cela nous pouvons espérer y voir clair dans le brouillard, et envisager collectivement les utopies d’un autre œil encore, le regard & l’esprit libéré peut-être du poids des oppressions les plus fortement et anciennement ancrées en nous. Ainsi enfin, partager le pouvoir de la joie, ce centre fragile, intime et paisible de notre expérience.

Collectif écolieu

Je partage ici un lien (et deux trois éléments en direct) vers l’un de mes principaux fils d’expérimentation socioculturels de ces dernières années : l’Aronde. On pourra en lire davantage sur ce projet et la façon dont son architecture relationnelle se tisse avec le temps sur son site et en particulier sur la page http://www.aronde.org/collectif/

Dans toute organisation, il y a la théorie et la pratique. Parfois la réalité ressemble beaucoup à ce ce qui est écrit dans les statuts, le règlement intérieur ou les designs relationnels, et parfois il y a certains écarts. Parfois aussi ça change, et c’est dans ce genre de changement qu’on éprouve la solidité du collectif : son sens à la fois et la qualité des relations qui le traversent, dont il est tissé même.

Dans une « architecture collective », parfois une tempête emporte le toit, un géant change la place des murs… c’est là qu’on voit si nos fondations sont bonnes : si les liens humains entre nous tiennent bon, si certains principes communs de conscience émotionnelle et de parole collective sont intégrés, alors on arrivera bien à se retrouver dans ce qui sera reconstruit au même endroit.

Un projet d’ »écolieu », d' »Oasis » ou autre lieu de vie autogéré, avant même d’être des plantations, des constructions, des activités publiques, c’est un collectif qui s’accorde pour les mettre en œuvre. De même qu’avant de bâtir ou de rénover une maison en général il y a un gros gros travail de planification et de préparation, de même, avant et pendant tout fonctionnement collectif efficient, il y a forcément un gros ouvrage invisible.

C’est cet ouvrage-là que le présent blog cherche à informer, avec humilité, tendresse, espoir. Merci pour tout soutien et toute contribution !

nouveau panneau aronde

Contribution à une anthropologie de la cinquième république

En voilà un titre pompeux pour un fragment de « recherche-action » pourtant bien lisible ma foi. Je suis content de partager ce document ici ! Enfin tout mon ouvrage au sein du conseil municipal ces derni-ères années me semble mis en cohérence avec les autres fils de ma vie, et même si personne d’autre que moi ne le sait, eh ben ça fait déjà sens pour moi et nourrit mon besoin d’unité (^;

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Lexique conflit

À l’occasion d’une intervention sur les pratiques restauratives auprès de l’équipe et des parents d’une école démocratique, j’ai rassemblé ces premières contribution à un lexique du conflit – base de dialogue pour la compréhension mutuelle au sein d’un collectif ? Il n’y a rien ici sur les émotions, ça manque (voir « Socioculture » chapitre 2…)

> Confiance : Fait d’accorder à l’autre la capacité de faire quelque chose de bien. Toujours contextuelle (« je peux te faire confiance pour … mais pas pour … »). Toujours éprouvée et possiblement renforcée ou abîmée par le doute, le dialogue et l’expérience (dialectique confiance / méfiance).

> Sécurité : Besoin fondamental humain associé à la stabilité. Ainsi à l’inverse, les changements brutaux (ou les désirs pressants d’en accomplir) peuvent être à l’origine d’un « sentiment d’insécurité », lié à des peurs parfois légitimes d’exclusion ou de dissolution (surtout lorsque des enjeux personnels forts sont en présence : affects, finances, travail, etc). Les engagements clairs, les perspectives de dialogue et de transformation à moyen ou long terme plutôt qu’à court terme peuvent ainsi asseoir ce besoin.

> Communauté : Ensemble de personnes qui partagent un risque / l’usage d’un commun / les conséquences d’un conflit en leur sein.

> Tension : Différence de potentiels, de visions, de stratégies concernant l’action ou l’organisation. Chance ou risque, selon qu’elle peut être traitée ou qu’elle s’accumule et dégénère en conflit.

> Désaccord : différence de points de vue, de posture théorique qui peut être clarifié et n’empêche pas forcément alors la coopération.

> Conflit : Ensemble de désaccords non-clarifiés et / ou de tensions non résolues. Opportunité pour le collectif d’avancer / de se transformer, en conscience et / ou dans la souffrance, selon la façon dont il est traité.

> Écoute : Ce qui donne l’impression d’avoir été entendu-e. Y contribuent l’empathie et l’imagination (capacité à saisir les émotions de l’autre, à se mettre à la place de l’autre pour comprendre ses intentions et ses besoins).

> Liberté : Liée à la responsabilité. Capacité à déjouer les rôles (par exemple « bourreau, victime, sauveur ») chez soi et chez les autres, à nous libérer collectivement des influences qui entravent notre rationalité.

> Gouvernance : Ensemble des processus et modes d’organisation collective implicites ou explicites, définissant qui décide et qui fait quoi. Grosse source de conflits au sein des collectifs.

Cadre démocratique

Utilisé lors d’un « Gros Débat » avec les gilets jaunes, la mairie de Languédias et le député LREM (voir sur facebook @Socioculture3.0 le film d’une partie de la rencontre et bien d’autres retours sur l’action), et bien évidemment réutilisable.

exemple de cadre de parole sans programme

Bienvenue !

Début 2019 : ce blog change (un peu) de style, en même temps que je réoriente (un peu) son intention. Support pour l’ouvrage, j’y publierai à présent aussi des informations sur mes activités (en solo du moins : pour ce qui est de Murmure des forêts, mieux vaut s’inscrire sur la liste de diffusion, et pour le reste voir « Qui est là » ?)

J’y ai mis surtout l’intégralité de « Socioculture » : hop c’est dans le premier onglet. Le théâtre, les autres textes et les archives restent là au complet, et j’écrirai sans doute des articles encore… À voir pour le reste. J’ai rajouté un « widget » pour s’abonner au blog, là sur la droite : bienvenue oui ! Je nous souhaite une année tendre et franche, et qu’on y soit tou-te-s chef-fe-s, comme toujours.

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Masturbation intellectuelle ? « Rrhâa lovely »

Je me considère assez volontiers comme intellectuel, même si je pense être une version relativement peu conventionnelle de ça, étant données ma façon de parler penser écrire, et ma tendance à faire du lien entre l’intellectualité et les autres dimensions de l’être (j’ai même découvert récemment que c’était sans doute ma mission de vie, en tout cas c’est comme ça que je l’ai formulée « relier les dimensions »)

Quand j’étais petit, j’en ai souffert un peu parce que ça n’avait pas l’air très bien vu par les personnes que j’avais envie d’aimer, en tout cas c’était pris comme une insulte, par eux… et par moi aussi hélas ! Enfin pour être exact, la formulation c’était plutôt « intello » et c’était assorti d’autres joyeusetés en actes et en paroles qui ne me permettaient pas trop de douter de l’intention (péjorative, humiliante, « blessante » même : tant qu’à démasquer les évaluations, allons-y). Aujourd’hui, je n’en veux pas à ces camarades de classe qui m’ont enseigné au fond de bonnes bases de dialectique : dans tout mal, il y a un bien, et vice-versa.

Ainsi de cet étonnante vertu, l’humilité : quand je la prends par moi-même, à l’évidence c’est un bien (je cherche à rester humble même dans les instants de gloire ou le feu de l’action), mais si on veut me la donner sans mon consentement, pas d’accord (pour qu’on m’humilie si je ne suis pas -encore- prêt à l’être, dans tel ou tel contexte défavorable par exemple)

Bon et ben pareil pour l’intellectuel-le : pas de problème a priori à utiliser son intelligence s’il s’agit de la mettre à contribution pour le bien commun, mais si c’est pour faire chier le monde, alors là non einh, on n’en veut pas ! Reste à savoir ce qu’est le bien commun, et là hahaha vous allez rire : pour le savoir, il faut justement utiliser son intelligence* ! Pas de pot pour les intellos, bien souvent il-le-s ont une vision du bien commun un peu en décalage sur leur temps, et du coup ça arrive que tout le monde se moque d’eux** parce qu’il-le-s n’arrivent pas à la partager assez clairement ou assez vite, c’est bête einh ? Et ouais, c’est comme ça. Le monde est sans pitié pour les faibles. Alors du coup, des fois ils se vengent et deviennent super-méchants pour être fort-e-s et construisent des machines de guerre, comme dans le dessin animé « les 4 fantastiques ». Ou des fois, il-les deviennent très savants dans un domaine très précis et en même temps très cyniques ou désabusé-e-s, et elles se droguent pour tenir et produisent des rapports qui annoncent la fin du monde pour bientôt et quand ça arrive en effet ils haussent les sourcils négligemment en disant « vous voyez je vous l’avais bien dit ». Ou encore, els rejoignent un réseau de gens qui les comprennent et alors là, ouf, on peut souffler un peu et essayer de voir ce qu’on peut faire avec les moyens qui sont à notre disposition (l’éducation populaire par exemple, ou l’écologie profonde, ou le chamanisme ou d’autres formes de militance ou de méditation).

Donc si on me dit que je suis intellectuel aujourd’hui, ça me dérange pas, en fait c’est même un peu vrai je crois – comme toi sans doute si tu prends le temps de lire ça attentivement – et même si je ne suis pas que ça. Voire, si on me traite d’intello, je respire un grand coup, j’essaie de sourire et d’assumer mon rôle sur terre allez, mes paquets de neurones, les cultures des milieux d’où je viens et par où je suis passé qui m’ont imprégné et l’invraisemblable habitude de mes parents de me parler dès mon plus jeune âge comme si j’étais une vraie personne, c’est dingue de faire ça non !?

Par ailleurs, (et contrairement à ma mère à l’époque je crois :^) je n’ai pas de problème avec la masturbation. Je l’ai pratiquée pendant des années, avec plus ou moins d’intensité selon les périodes, et ça a été pour moi un super chemin d’apprentissage de l’intensité justement dans ce qu’elle a de physique – on peut aller très très très loin dans la sensation avec la masturbation ! En plus, c’est gratuit, ça ne rend pas sourd, et ça n’est pas dangereux pour la santé que je sache – ou du moins, pas dans ces temps de la jeunesse où l’on pète de vie et où l’on peut dilapider facilement son Ki (voir « le tao de l’art d’aimer »). Je crois qu’heureusement beaucoup de gens sont au courant aujourd’hui d’ailleurs, même s’il y a encore sûrement des filles qui n’osent pas et des gars qui se contentent d’une assez vulgaire décharge (ou l’inverse peut-être). De mon côté à présent je ne pratique plus, parce que je n’y trouve plus d’intérêt, non pas tant je crois parce que je ne suis plus si jeune justement que parce que j’ai découvert d’autres intensités plus désirables, à la fois physiques (tantrisme) et sur d’autres plans. Par exemple plans émotionnels (ça vous aurez compris si vous avez lu les autres articles ici) ou bien encore plan culinaire (surtout depuis que j’ai vraiment arrêté de tuer pour manger, c’est-à-dire très très très récemment et encore, c’est pas facile einh je consens à des compromis sinon la galère parfois… ah ben c’est physique aussi en fait la bouffe ! pardon pour la dérive)

Bref : la masturbation, si ça ne nous empêche de vivre d’autres choses chouettes (car alors c’est une manie qui s’appelle l’onanisme je crois) : dans l’ensemble, « c’est bien », hourrah ! Plus d’infos sur cette thématique par exemple sur l’excellent blog « Les fesses de la crèmière ».

Mais alors, la masturbation intellectuelle, alors là ah non, là non, ça vraiment, c’est chiant ! Ça vraiment, c’est le repoussoir absolu. Moi quand quelqu’un-e parle sans s’arrêter d’un truc qui ne m’intéresse pas, et qu’en plus j’ai l’impression qu’il-le ne parle que pour écouter sa belle voâa, pour séduire la foule, pour gagner plus (en travaillant moins péniblement) et pour faire mousser non pas son mickey ou son abricot mais au fond oui son ego comme on dit, son p’tit chou comme dit Isabelle, donc au fond sa chère personne einh il faut bien l’appeler par son nom et puis lui parler poliment en plus, jeune homme (hé j’ai bientôt 40 ans einh ayé) : ça alors, ça me saoûle, ça me gonfle, ça me hérisse, ça me donne envie surtout de lui couper la chique pour pouvoir en placer une moi aussi, moi qui n’en pense pas moins. Enfin, parfois einh, parce que des fois il suffit de tourner le bouton et de (laisser le silence) prendre le relais. (Le silence ou bien… Rrrraaaaâh ! ça m’énerve, voilà, et si je suis tout seul dans la voiture eh ben au moins je peux même franchement hurler des insanités à ce moment-là, ça fait du bien. Le silence revient bien, après. (Une fois par exemple j’ai fait ça contre les « pères de l’église » : vraiment je ne préfère pas écrire ce que j’ai dit à ce moment-là… mais ça n’a pas fait pas de moi un mauvais chrétien, il me semble, au contraire !)

Et pourtant, depuis qu’on m’a dit que ce que je produisais parfois, moi aussi à mon tour, c’était de la masturbation intellectuelle (ou même depuis bien plus longtemps en fait j’avoue), j’ai révisé un peu mon jugement, et je me suis dit que peut-être parfois oui d’accord je voulais bien essayer de le considérer avec un peu plus d’attention, que ce que disaient les autres pouvait avoir un réel intérêt – au moins pour eux déjà, et peut-être même au-delà, qui sait ? Et que du coup je pouvais peut-être, parfois, dans des circonstances appropriées, essayer de leur donner crédit au moins disons allez vingt minutes, pour voir. Ou parfois si je suis trop speed ou que d’autres aussi aimeraient bien parler là maintenant, au moins une ou deux allez. Ou parfois même pas du tout, mais alors je le leur dis poliment, du genre « Excusez-moi, je n’ai pas le temps maintenant de vous écouter ». Ou bien « C’est hyper intéressant ce sujet-là, mais ce n’est pas la priorité maintenant, je crois… » Ou bien encore « Essayer de comprendre me demande un effort, et là, je ne suis prêt à le faire, désolé ! » Je ne leur dit pas que c’est de la branlette intellectuelle, ni non plus de la folie douce ou un égo-trip ou un franc & joyeux délire avant de les avoir vraiment écouté-e-s.

Je vous invite à faire pareil. C’est très stimulant pour l’esprit ! Je me retrouve depuis (longtemps) à écouter des paroles que sinon j’aurais dédaignées, parce qu’elles n’entraient pas dans mes normes de jugement, dans mes habitudes d’oreilles, dans mes façons de penser… et presque toujours, quand j’arrive à faire ça, je trouve quelque chose de bon à en tirer, non seulement pour la personne qui l’émet, mais miracle : aussi pour moi.

Par ailleurs, je t’invite à réfléchir à ceci : qu’est-ce qui se passe, politiquement, quand une parole au sein d’un collectif est taxée de « masturbation intellectuelle » ? Est-ce qu’il n’y a pas là derrière au fond une peur – tout à fait légitime peut-être – de vivre encore une fois un rapport de l’ordre de la domination culturelle, et donc d’y couper court ? Comment peut-on évaluer rapidement le risque de ne pas entendre du coup / et/ou d’ouvrir un espace pour accueillir confortablement / une pensée qui peut s’avérer parfois intéressante pour tou-te-s, y compris dans ses possibles incarnations subséquentes en finalités-moyens-techniques, en somme dans la possibilité qu’elle contient peut-être de produire « des trucs concrets »*** ? Est-ce parfois une tentative consciente ou insconciente pour s’assurer un « pouvoir sur » (le cours de la parole, l’orientation de l’action collective, ma sympathie, etc.) ?

Si tu réponds « oui » à cette dernière question, te voilà vraisemblablement face à une autre forme de domination culturelle : l’anti-intellectualisme. C’est un élément-clé de ce qu’on appelle aujourd’hui (souvent à tort je crois) le populisme, et qu’avant on appelait il me semble poujadisme, en référence à un gros gars qui s’attirait la sympathie des foules comme ça, en ridiculisant celles et ceux qui ne pensaient pas comme lui. On parle aussi de démagogie, c’est ça ? si je comprends bien le jeu de mot étymologique ça consiste à essayer de prendre les gens qui font le peuple pour des enfants ? On peut parler aussi de manipulation alors maman ? – Oui mon chéri, mais comme dans toute vision dialectique, pas de manipulation sans émancipation ! – o indeed, well then, lovely !

Rha lovely : Si quelqu’un-e peut m’expliquer où pourquoi Gotlib a pêché ces deux termes systématiquement associés dans ses capharnaüms bien ordonnés à « prendre son pied », je suis preneur. Une prochaine fois je parlerai mieux de l’orgasme républicain et de l’extase christique, ce sera non-moins d’la branlette-à-cerveau promis ! D’ici là, ouvrons l’oeil, le bon.

(Tiens c’est sympa ça, ça pourrait être un petit leitmotiv pour la fin des articles de ce blog ! Si jamais je me mets à y écrire plus régulièrement… mais alors pour que ça ait un sens il faudrait que je cherche à diffuser ces textes, que je change ce graphisme moche, voire que j’imagine aller faire des vidéos youtube avec ou sans prompteur ouhla je suis pas sûr d’être prêt. Sauf si tu veux m’aider ?)

* Attention, je ne dis pas que l’on ne peut pas partager des visions pertinentes du bien commun quand on ne se considère pas comme intellectuel-le ! D’autres approches sont tout aussi valables. D’ailleurs, je crois que nous sommes tou-te-s intellectuel-le-s, en fait.

** « Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence. » disait Arthur Schopenhauer. Hahaha.

*** Projet : écrire une mini-mythologie du « besoin de concret », pendant à celle-ci sur la masturbation intellectuelle. Comme si toute parole n’était pas un acte concret, le premier espace politique et existentiel, concrètement, quotidiennement ? Et derrière, la difficulté à saisir la complexité du réel à une époque où les conséquences possibles de chacun de nos (bêtes) actes dépassent de loin la durée d’une vie humaine ?

Participations conscientes

Vaste sujet !
Je pourrais écrire un article dessus, pour parler des différentes méthodes que j’ai eu l’occasion de tester depuis 20 ans (de toutes parts), anonymes ou non, informées ou non, en mains propres ou non… toutes diversement valables selon les contextes où on les pratique.
Elles sont toutes plus ou moins « libres » selon ce qu’on met derrière ce mot, plus ou moins inclusives en fait, plus ou moins accessibles selon les milieux où l’on a grandi et évolué, plus ou moins vraiment conscientes.
L’approche jusque là qui m’a semblé la plus aboutie est celle qui s’est développé en même temps que la justice restaurative, sous l’impulsion en particulier de Dominic Barter, avec tous ses soutiens et tous les retours d’expérience au Brésil et partout dans le monde ces dernières années. Sur le wiki français des systèmes restauratifs, deux pages présentent le principe et la pratique de la « coresponsabilité financière ».

L’intention de cet article est de publier deux documents qui peuvent être utiles peut-être pour des groupes, l’un récent et l’autre plus ancien. Ces supports – qui ont l’inconvénient d’être écrits et longs à lire, et donc volontiers excluants pour toutes les personnes qui ne sont pas à l’aise avec ce mode-là – mais rien n’empêche alors de chercher d’autres stratégies pour mieux inclure – sont en creative commons, alors bienvenue pour les améliorer.

Topo participation consciente 2019 Murmure des forêts

Participation consciente journee formation printemps 2016 Tiens je pensais que sur celle-ci j’avais détaillé combien représentait 100€ de dons net dans notre poche au final, une fois déduites la TVA (20% sauf formation pro), la part de la structure coopérative qui nous embauche (administration, gestion), les charges fixes de notre propre enseigne (location, com’, frais de route) et les cotisations sociales : entre 30 et 35€ ! mais ça ouvrait des droits au chômage par contre, héhéhé (^;