Augustes blablas

C’est la mi-août, et pas de doute, d’un César il fut baptisé…
Démocrate éclairé-e, ne dors sur nul laurier, fais-les tourner encore :
un brin chacun-e au pot-new-age ! Partage aussi le potager,
et surtout la parole argentée qui fait Silence d’or.

La parole, c’est du concret.
Construire nos rêves, planifier nos mouvements, célébrer nos avancées : la parole accompagne l’action. Nous en avons besoin avant, pendant et après. Comme elle est aussi par excellence le medium de la dérive du mental et de l’enflement de l’ego, j’essaye de prendre soin à présent de ne pas en abuser. Comme elle est aussi souvent un outil de domination (intellectuelle), je fais attention à la façon dont elle se passe, se transmet, se respecte, se partage… lire ici par exemple ces Six principes.
Le hic, c’est que pour beaucoup d’entre nous, nous avons intégré des cultures de parole compétitives, qui empêchent l’intelligence collective d’émerger et de s’épanouir. Couper la chique, « vanner », généraliser, zapper une personne, une idée ou une proposition : tout cela est « normal » encore aujourd’hui dans beaucoup de contextes.

« Tout seul, on va vite, ensemble, on va loin. »
J’aime beaucoup ce proverbe, parce qu’il est deux fois intelligent. Pour aller plus loin j’ai toujours besoin des autres, ça me semble sûr à présent. Pour aller plus vite souvent je suis mieux seul. Tout le jeu des nouvelles organisations collectives est d’articuler avec justesse le singulier et le pluriel.
Concernant la parole, ça dit quoi ? Si tu as déjà réfléchi solo pendant des heures ou des années à une question, plus vite que moi sans doute tu as fait du chemin. Est-ce que ça a un intérêt d’aller plus loin ensemble sur cette question ? Si oui et si tu me dis où tu en es, et que nous prenons le temps de vérifier si je t’ai bien « rattrapé » et si nous sommes bien à présent au même endroit, alors c’est sûr que j’aurai un autre regard sur ce lieu-là et les suites possibles de la balade.
Mais très souvent nous y avons déjà pensé tou-te-s les deux à cette question, et très vite nous sommes parti-e-s déjà sur deux chemins très différents. Il va nous falloir un peu de temps pour cartographier ça, les impasses et les voies de traverse… Et plus encore si nous sommes plus nombreux/ses : il y en a qui n’aiment pas les cartes, il y en a pour qui sur les autres routes ça pue, il y en a qui vont vouloir tout redessiner tout seul, il y en a qui ont d’abord au fond tellement besoin d’amour ou de mouvement…
Je crois que si nous voulons aller juste un peu plus loin, nous l’humanité aujourd’hui en ces temps de bascule systémique, nous avons aussi besoin d’aller assez vite, parce qu’il y a un paquet d’urgences sur le feu. Mais si nous voulons aller trop vite, alors nous n’irons sûrement pas bien loin. Il s’agit en somme de trouver des moyens de jouer sur cette tension proverbiale…

Parler de l’action de parler, c’est une action (politique).
… et ça passe à mon sens par un jouvrail de transformation concernant la parole collective. Or, pour l’accomplir on a besoin de… se parler ! Pour les ceusses qui veulent passer à l’action, ça peut rendre fou : non seulement commencer par du blabla, mais avant même déjà, du méta-blabla !? ah non, mais vous êtes bargeots ou quoi ? Ça brûle là-dehors ! Et c’est vrai : à chaque instant, des forêts primaires abattues, des terres bitumées, des espèces disparues, des jeunes suicidé-e-s, des poisons dispersés, des espoirs et des membres brisés…
Raisons de plus pour avancer. Pourquoi parler en « méta » ? Parce que ça facilite la parole, et donc, l’action. Se donner du temps pour parler de comment on se parle, c’est se donner la chance d’éviter de perdre ensuite beaucoup de temps et d’énergie inutiles sur la parole et sur l’action. La parole est une action qui transforme le monde (humain qui transforme le monde naturel). La parole collective, quel que soit son sujet et son contexte, est l’action politique par excellence, bien plus importante que le vote. Les outils numériques (comme ce blog :^) peuvent y contribuer fortement, mais il y a là aussi des biais… et les usages traditionnels de la parole humaine n’en sont pas moins nécessaires.

Chaque parole porte ses mondes avec elle.
Chaque phrase que je dis trimballe plus ou moins nettement mes croyances, mes jugements, mes projets… Chaque phrase que j’entends je l’interprète avec idem. J’ai conscience des limitations et des dangers de « communiquer » (je mettrai peut-être un jour en ligne l’intégralité de ce magnifique texte d’un Valère) … C’est tellement présent chaque jour, dans ce qu’on se dit bien sûr (ainsi de la féministisation, de l’emploi du « on » ou du « vous » de politesse, du moindre mot, de la moindre tournure) mais aussi dans d’autres choix.
Quelques réflexions par exemple sur un slogan plébiscité pour un événement « alternatif » : « Arrêtez le monde, je veux descendre! » Moi, ça me fait sourire : écolo concerné par les luttes sociales, j’y lis, face à la folie d’une société consumériste qui va « droit dans le mur » comme un bateau fou, la responsabilité souveraine et autonome du colibri qui décide de s’en extraire. Est-ce que c’est pour autant un bon slogan pour cet événement ?
J’essaye de me mettre dans la peau de quelqu’un-e qui n’est pas déjà très engagé-e dans une réflexion critique sur la croissance et/ou dans des actions pour le changement de cap, et qui vient là avec un sincère intérêt voir ce que proposent « concrètement » les « alter ». Sur notre territoire rural, ça pourrait être un-e patron-ne de PME par exemple, ou un-e (adjoint-e au) maire de petite commune, ou encore un-e responsable d’association rurale. Si ces personnes ne s’identifient pas a priori à « nos » mouvements, quelque sensée et utile qui puisse être leur action par ailleurs, elles ne s’identifieront pas non plus a priori à « nos » slogans. En lisant « arrêtez le monde je veux descendre », n’y liront-elles pas plutôt « tout va trop vite, j’ai peur, je veux me désolidariser de tout ça » ? Ne prête-t-on pas le flanc alors aux classiques critiques de l’alternative : ils veulent revenir à la bougie, ils ne veulent pas faire comme tout le monde, mais c’est pas sérieux, c’est pas réaliste, au fond c’est puéril, etc.
Consciemment ou inconsciemment, cette blague renvoie d’une part à une fatalité et d’autre part à une identité de faible, de looser (qui ne parvient pas à éviter la fatalité en question et qui lâche l’affaire)… Tout ça n’est pas très favorable pour l’image des alternatives environnantes et des personnes qui s’y activent !
D’autant plus qu’en réalité l' »alternative » n’est ni frileuse, ni exclusive, ni même à présent d’ailleurs si minoritaire, ni bientôt plus « alternative » en fait, puisque tout ce qui s’y construit a pour vocation de transformer effectivement le système en place, et en a aujourd’hui merveilleusement les moyens. (Affirmation rapide d’une croyance perso… voir ici ce qu’en dit l’indien hopi :^)
C’est l’intention que nous voulons porter qui est notre meilleur guide pour ajuster nos paroles, et surtout pas les préférences de styles. Et réciproquement : en observant nos paroles, nous pouvons clarifier nos véritables intentions.
Ainsi en l’occurrence si l’intention partagée de l’événement était de se retrouver « entre nous » et de se réconforter, ce slogan était parfait. S’il s’agissait de promouvoir de nouvelles façons de vivre ensemble auprès de personnes qui n’y sont pas acquises : bof voire pas du tout, même si moi je me retrouve dans cette formule et si je sens de l’empathie pour d’autres qui s’y retrouvent aussi, et même encore si c’est moi qui en avais eu l’idée à la base (ce n’est pas le cas mais ça revient au même : elle est si dérisoire et anecdotique au fond, la nuance entre toi et moi).

« Si on a deux oreilles et une seule bouche, c’est pour écouter deux fois plus qu’on parle. »
Voilà un chouette proverbe pour finir de façon vraiment auguste un article sur la parole.
Et ne te contente pas d’écouter avec les oreilles, ouvre l’oeil et le coeur aussi, le non-verbal et l’émotionnel ont toute leur place dans le jeu (^;

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