Masturbation intellectuelle ? « Rrhâa lovely »

Je me considère assez volontiers comme intellectuel, même si je pense être une version relativement peu conventionnelle de ça, étant données ma façon de parler penser écrire, et ma tendance à faire du lien entre l’intellectualité et les autres dimensions de l’être (j’ai même découvert récemment que c’était sans doute ma mission de vie, en tout cas c’est comme ça que je l’ai formulée « relier les dimensions »)

Quand j’étais petit, j’en ai souffert un peu parce que ça n’avait pas l’air très bien vu par les personnes que j’avais envie d’aimer, en tout cas c’était pris comme une insulte, par eux… et par moi aussi hélas ! Enfin pour être exact, la formulation c’était plutôt « intello » et c’était assorti d’autres joyeusetés en actes et en paroles qui ne me permettaient pas trop de douter de l’intention (péjorative, humiliante, « blessante » même : tant qu’à démasquer les évaluations, allons-y). Aujourd’hui, je n’en veux pas à ces camarades de classe qui m’ont enseigné au fond de bonnes bases de dialectique : dans tout mal, il y a un bien, et vice-versa.

Ainsi de cet étonnante vertu, l’humilité : quand je la prends par moi-même, à l’évidence c’est un bien (je cherche à rester humble même dans les instants de gloire ou le feu de l’action), mais si on veut me la donner sans mon consentement, pas d’accord (pour qu’on m’humilie si je ne suis pas -encore- prêt à l’être, dans tel ou tel contexte défavorable par exemple)

Bon et ben pareil pour l’intellectuel-le : pas de problème a priori à utiliser son intelligence s’il s’agit de la mettre à contribution pour le bien commun, mais si c’est pour faire chier le monde, alors là non einh, on n’en veut pas ! Reste à savoir ce qu’est le bien commun, et là hahaha vous allez rire : pour le savoir, il faut justement utiliser son intelligence* ! Pas de pot pour les intellos, bien souvent il-le-s ont une vision du bien commun un peu en décalage sur leur temps, et du coup ça arrive que tout le monde se moque d’eux** parce qu’il-le-s n’arrivent pas à la partager assez clairement ou assez vite, c’est bête einh ? Et ouais, c’est comme ça. Le monde est sans pitié pour les faibles. Alors du coup, des fois ils se vengent et deviennent super-méchants pour être fort-e-s et construisent des machines de guerre, comme dans le dessin animé « les 4 fantastiques ». Ou des fois, il-les deviennent très savants dans un domaine très précis et en même temps très cyniques ou désabusé-e-s, et elles se droguent pour tenir et produisent des rapports qui annoncent la fin du monde pour bientôt et quand ça arrive en effet ils haussent les sourcils négligemment en disant « vous voyez je vous l’avais bien dit ». Ou encore, els rejoignent un réseau de gens qui les comprennent et alors là, ouf, on peut souffler un peu et essayer de voir ce qu’on peut faire avec les moyens qui sont à notre disposition (l’éducation populaire par exemple, ou l’écologie profonde, ou le chamanisme ou d’autres formes de militance ou de méditation).

Donc si on me dit que je suis intellectuel aujourd’hui, ça me dérange pas, en fait c’est même un peu vrai je crois – comme toi sans doute si tu prends le temps de lire ça attentivement – et même si je ne suis pas que ça. Voire, si on me traite d’intello, je respire un grand coup, j’essaie de sourire et d’assumer mon rôle sur terre allez, mes paquets de neurones, les cultures des milieux d’où je viens et par où je suis passé qui m’ont imprégné et l’invraisemblable habitude de mes parents de me parler dès mon plus jeune âge comme si j’étais une vraie personne, c’est dingue de faire ça non !?

Par ailleurs, (et contrairement à ma mère à l’époque je crois :^) je n’ai pas de problème avec la masturbation. Je l’ai pratiquée pendant des années, avec plus ou moins d’intensité selon les périodes, et ça a été pour moi un super chemin d’apprentissage de l’intensité justement dans ce qu’elle a de physique – on peut aller très très très loin dans la sensation avec la masturbation ! En plus, c’est gratuit, ça ne rend pas sourd, et ça n’est pas dangereux pour la santé que je sache – ou du moins, pas dans ces temps de la jeunesse où l’on pète de vie et où l’on peut dilapider facilement son Ki (voir « le tao de l’art d’aimer »). Je crois qu’heureusement beaucoup de gens sont au courant aujourd’hui d’ailleurs, même s’il y a encore sûrement des filles qui n’osent pas et des gars qui se contentent d’une assez vulgaire décharge (ou l’inverse peut-être). De mon côté à présent je ne pratique plus, parce que je n’y trouve plus d’intérêt, non pas tant je crois parce que je ne suis plus si jeune justement que parce que j’ai découvert d’autres intensités plus désirables, à la fois physiques (tantrisme) et sur d’autres plans. Par exemple plans émotionnels (ça vous aurez compris si vous avez lu les autres articles ici) ou bien encore plan culinaire (surtout depuis que j’ai vraiment arrêté de tuer pour manger, c’est-à-dire très très très récemment et encore, c’est pas facile einh je consens à des compromis sinon la galère parfois… ah ben c’est physique aussi en fait la bouffe ! pardon pour la dérive)

Bref : la masturbation, si ça ne nous empêche de vivre d’autres choses chouettes (car alors c’est une manie qui s’appelle l’onanisme je crois) : dans l’ensemble, « c’est bien », hourrah ! Plus d’infos sur cette thématique par exemple sur l’excellent blog « Les fesses de la crèmière ».

Mais alors, la masturbation intellectuelle, alors là ah non, là non, ça vraiment, c’est chiant ! Ça vraiment, c’est le repoussoir absolu. Moi quand quelqu’un-e parle sans s’arrêter d’un truc qui ne m’intéresse pas, et qu’en plus j’ai l’impression qu’il-le ne parle que pour écouter sa belle voâa, pour séduire la foule, pour gagner plus (en travaillant moins péniblement) et pour faire mousser non pas son mickey ou son abricot mais au fond oui son ego comme on dit, son p’tit chou comme dit Isabelle, donc au fond sa chère personne einh il faut bien l’appeler par son nom et puis lui parler poliment en plus, jeune homme (hé j’ai bientôt 40 ans einh ayé) : ça alors, ça me saoûle, ça me gonfle, ça me hérisse, ça me donne envie surtout de lui couper la chique pour pouvoir en placer une moi aussi, moi qui n’en pense pas moins. Enfin, parfois einh, parce que des fois il suffit de tourner le bouton et de (laisser le silence) prendre le relais. (Le silence ou bien… Rrrraaaaâh ! ça m’énerve, voilà, et si je suis tout seul dans la voiture eh ben au moins je peux même franchement hurler des insanités à ce moment-là, ça fait du bien. Le silence revient bien, après. (Une fois par exemple j’ai fait ça contre les « pères de l’église » : vraiment je ne préfère pas écrire ce que j’ai dit à ce moment-là… mais ça n’a pas fait pas de moi un mauvais chrétien, il me semble, au contraire !)

Et pourtant, depuis qu’on m’a dit que ce que je produisais parfois, moi aussi à mon tour, c’était de la masturbation intellectuelle (ou même depuis bien plus longtemps en fait j’avoue), j’ai révisé un peu mon jugement, et je me suis dit que peut-être parfois oui d’accord je voulais bien essayer de le considérer avec un peu plus d’attention, que ce que disaient les autres pouvait avoir un réel intérêt – au moins pour eux déjà, et peut-être même au-delà, qui sait ? Et que du coup je pouvais peut-être, parfois, dans des circonstances appropriées, essayer de leur donner crédit au moins disons allez vingt minutes, pour voir. Ou parfois si je suis trop speed ou que d’autres aussi aimeraient bien parler là maintenant, au moins une ou deux allez. Ou parfois même pas du tout, mais alors je le leur dis poliment, du genre « Excusez-moi, je n’ai pas le temps maintenant de vous écouter ». Ou bien « C’est hyper intéressant ce sujet-là, mais ce n’est pas la priorité maintenant, je crois… » Ou bien encore « Essayer de comprendre me demande un effort, et là, je ne suis prêt à le faire, désolé ! » Je ne leur dit pas que c’est de la branlette intellectuelle, ni non plus de la folie douce ou un égo-trip ou un franc & joyeux délire avant de les avoir vraiment écouté-e-s.

Je vous invite à faire pareil. C’est très stimulant pour l’esprit ! Je me retrouve depuis (longtemps) à écouter des paroles que sinon j’aurais dédaignées, parce qu’elles n’entraient pas dans mes normes de jugement, dans mes habitudes d’oreilles, dans mes façons de penser… et presque toujours, quand j’arrive à faire ça, je trouve quelque chose de bon à en tirer, non seulement pour la personne qui l’émet, mais miracle : aussi pour moi.

Par ailleurs, je t’invite à réfléchir à ceci : qu’est-ce qui se passe, politiquement, quand une parole au sein d’un collectif est taxée de « masturbation intellectuelle » ? Est-ce qu’il n’y a pas là derrière au fond une peur – tout à fait légitime peut-être – de vivre encore une fois un rapport de l’ordre de la domination culturelle, et donc d’y couper court ? Comment peut-on évaluer rapidement le risque de ne pas entendre du coup / et/ou d’ouvrir un espace pour accueillir confortablement / une pensée qui peut s’avérer parfois intéressante pour tou-te-s, y compris dans ses possibles incarnations subséquentes en finalités-moyens-techniques, en somme dans la possibilité qu’elle contient peut-être de produire « des trucs concrets »*** ? Est-ce parfois une tentative consciente ou insconciente pour s’assurer un « pouvoir sur » (le cours de la parole, l’orientation de l’action collective, ma sympathie, etc.) ?

Si tu réponds « oui » à cette dernière question, te voilà vraisemblablement face à une autre forme de domination culturelle : l’anti-intellectualisme. C’est un élément-clé de ce qu’on appelle aujourd’hui (souvent à tort je crois) le populisme, et qu’avant on appelait il me semble poujadisme, en référence à un gros gars qui s’attirait la sympathie des foules comme ça, en ridiculisant celles et ceux qui ne pensaient pas comme lui. On parle aussi de démagogie, c’est ça ? si je comprends bien le jeu de mot étymologique ça consiste à essayer de prendre les gens qui font le peuple pour des enfants ? On peut parler aussi de manipulation alors maman ? – Oui mon chéri, mais comme dans toute vision dialectique, pas de manipulation sans émancipation ! – o indeed, well then, lovely !

Rha lovely : Si quelqu’un-e peut m’expliquer où pourquoi Gotlib a pêché ces deux termes systématiquement associés dans ses capharnaüms bien ordonnés à « prendre son pied », je suis preneur. Une prochaine fois je parlerai mieux de l’orgasme républicain et de l’extase christique, ce sera non-moins d’la branlette-à-cerveau promis ! D’ici là, ouvrons l’oeil, le bon.

(Tiens c’est sympa ça, ça pourrait être un petit leitmotiv pour la fin des articles de ce blog ! Si jamais je me mets à y écrire plus régulièrement… mais alors pour que ça ait un sens il faudrait que je cherche à diffuser ces textes, que je change ce graphisme moche, voire que j’imagine aller faire des vidéos youtube avec ou sans prompteur ouhla je suis pas sûr d’être prêt. Sauf si tu veux m’aider ?)

* Attention, je ne dis pas que l’on ne peut pas partager des visions pertinentes du bien commun quand on ne se considère pas comme intellectuel-le ! D’autres approches sont tout aussi valables. D’ailleurs, je crois que nous sommes tou-te-s intellectuel-le-s, en fait.

** « Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence. » disait Arthur Schopenhauer. Hahaha.

*** Projet : écrire une mini-mythologie du « besoin de concret », pendant à celle-ci sur la masturbation intellectuelle. Comme si toute parole n’était pas un acte concret, le premier espace politique et existentiel, concrètement, quotidiennement ? Et derrière, la difficulté à saisir la complexité du réel à une époque où les conséquences possibles de chacun de nos (bêtes) actes dépassent de loin la durée d’une vie humaine ?

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